Archives de Catégorie: Architecture Emotionnelle

Place Nelson Mandela, Abdul Rahman Katanani

L’exposition « Le Sens de la Peine » se termine le 28 mai. Mais son histoire continue : La Forêt d’Oliviers d’Abdul Rahman Katanani, que l’on a pu admirer pendant quatre mois sur la Place Nelson Mandela à Nanterre, dans la vitrine de l’Espace d’art de la Terrasse, va partir à Anglet, pour la Biennale « La Littorale 6 ».

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Le commissaire de la Biennale, Paul Ardenne, spécialiste de l’art dans l’espace public (voir, entre autres, Un Art contextuel) s’est mis à rêver, comme nous tous, devant cette oeuvre unique. Qui va, grâce aux mairies respectives des deux municipalités, Anglet et Nanterre, quitter la place au nom mythique pour se retrouver à l’intérieur même de la mairie d’Anglet, dans son patio, où elle prendra pour titre : Le Jardin d’Oliviers.

Quand l’art nous parle d’émotions aussi fortes que la paix, l’espoir, l’impuissance, la contrainte, l’envol, la souffrance, la blessure, le rêve, le corps et le coeur battant, de la vie, et ceci dans l’espace public, l’architecture elle-même prend une nouvelle dimension. Mathias Goeritz, dans son Manifeste pour une architecture émotionnelle, écrivait en 1953 : « J’ai travaillé en totale liberté pour réaliser une œuvre dont la fonction serait l’émotion : il s’agit de redonner à l’architecture son statut d’art. » Aujourd’hui que les questionnements intenses de la société occidentale se focalisent autour de l’existence personnelle des humains, l’intérêt porté aux émotions revient en force. Build on your emotion !IMG_1515

Parmi les questions que nous posions au début de cette aventure – Architecture émotionnelle – la plupart restent toujours d’actualité. Quelle architecture privilégier, et pour décliner ou susciter quelles émotions ? Pourquoi et comment explorer, gérer les émotions générées par l’architecture comprise comme forme organisée structurant notre espace de vie ? Peut-il y avoir une architecture qui ne soit pas émotionnelle ? La quête de l’émotion doit-elle ou non guider l’architecte au travail ? L’efficacité d’un bâtiment en termes d’accueil, de confort et d’agrément est-elle concevable sans que soit prise en compte la notion d’émotion ? Peut-on se sentir bien dans des paysages architecturaux neutres ? Trop d’émotion mise dans la conception architecturale en nie-t-elle l’efficacité ? L’architecture de nos villes doit-elle favoriser l’émotionnel à titre de plus-value ?FullSizeRender (7)

L’architecture traite d’abord avec nos corps pour les protéger, les malmener parfois. Parce qu’elle est avant tout affaire de vivant. Parce qu’elle est inconcevable sans une concrétisation qui engage un rapport étroit avec l’humain. La « poétique de l’espace » chère à Bachelard rejoint ici une poétique des corps, de leur vécu, de leur construction, en parallèle à la poétique du « construire » – Gaston Bachelard qui écrit dans La Poétique de l’espace que « l’espace saisi par l’imagination ne peut rester l’espace indifférent livré à la mesure et à la réflexion du géomètre. Il est vécu. Et il est vécu, non pas dans sa positivité, mais avec toutes les partialités de l’imagination. »

L’espace de la Terrasse, Place Nelson Mandela, fut vécu ainsi, grâce à La Forêt d’Oliviers d’Abdul Rahman Katanani, avec toutes les partialités de l’imagination.

Texte : Barbara Polla

Photographies : Paul Citron, Nicolas Etchenagucia, Anne Kerner

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Nanterre la vie : architectures et émotions

Dimanche 15 mai, avec Sandrine Moreau, nous sillonnons Nanterre. Un premier regard sur la ville (92.000 habitants, 32.000 étudiants) du 35è étage de l’une des tours nuage d’Emile Aillaud.
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©Sandrine Moreau

Je suis émerveillée par cette ville que j’ai appris à aimer en travaillant à l’espace d’art de la Terrasse, sur l’esplanade d’où la grande arche de la Défense semble si proche, et qui surplombe, de sa vitrine, la place Nelson Mandela. Emerveillée par Nanterre, que je me plais à qualifier d’utopie en action, notamment pour l’engagement de ses élus pour l’art, les artistes, la culture. Et la présence de ces élus, sur le terrain, au marché du vieux Nanterre par exemple, qui, en ce dimanche matin, ressemble à tous les marchés dominicaux de l’hexagone, parfums d’herbes, fruits de saison, volailles de Normandie. Je pense en particulier à Zahra Boudjemaï, première adjointe au maire, responsable du Personnel communal et de la Culture, que l’on trouvait déjà, en 2010, en pleines émeutes, sur le terrain, essayant de comprendre et de juguler la violence des casseurs. Zahra Boudjemaï, présente aussi à l’espace d’art de la Terrasse pour accueillir les participants à la conférence ouverte sur le thème « art et prison » que j’eus le privilège d’y organiser, le 12 mai dernier. La violence encore : premier thème traité au cours de ce colloque, avec Frank Smith, Judith Depaule, Jhafis Quintero et Yvan Gombert, directeur adjoint de la Maison d’arrêt des Hauts de Seine (qui compte aujourd’hui plus de 1000 détenus pour quelques 500 places).

 

Je suis émerveillée par la diversité incroyable, par l’urbanité grouillante, gorgée d’histoire, par cette ville aussi vétuste qu’avant-gardiste, du bidonville du Petit Nanterre dont il reste encore des traces rue de la Garenne au jardin poétique au fond duquel habite toujours Jean Pottier, qui photographia ce bidonville dès 1956, en pleine guerre d’Algérie, et exposa ses photographies en 2013 au Musée de l’Immigration ; de la Ferme du Bonheur au Théâtre des Amandiers que dirigea longtemps Patrice Chéreau ; du chantier de l’esplanade qui continue sa progression vers la Seine jusqu’aux bords de celle-ci, entre nature et autoroute ; de la mosquée du Petit Nanterre aux vitraux de Sainte-Geneviève ; de l’Hôpital de Nanterre, Centre d’accueil et de soins hospitaliers qui inclut, aux côtés de soins de pointe, une maison de retraite d’un autre âge et des logements nocturnes pour SDF, pour ces « clochards » et « indigents de Paris » dont parle si bien Patrick Declerck dans Les Naufragés jusqu’au quartier des Groues en pleine mutation.
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Témoin de tous les possibles, aujourd’hui abandonnée, la formidable école d’architecture, ouverte, modulaire, conçue en 1972 par les architectes Jacques Kalisz et Roger Salem, désormais si bien engloutie par la végétation qui l’entoure qu’elle semble une Belle au bois dormant. Elle n’attend que le prince charmant qui bientôt, viendra lui redonner vie…
Promenade en image. Et moi qui ne prends presque jamais de photographie, laissant cet art aux photographes, voici que ce dimanche…

 

Images et texte, Barbara Polla

 

Plateau Urbain

Dans les années 1990, à l’époque où je travaillais comme Directeur de Recherches INSERM à la Faculté Cochin, l’hôpital Saint Vincent de Paul était notre voisin, faisait partie du groupe hospitalier, et cet hôpital quasi médiéval m’enchantait… Il ferma. Tristesse. L’association Aurore  y installe alors des logements pour personnes en situation précaire, sans logement, SDF. La qualité de l’engagement de l’association Aurore est reconnue depuis longtemps – elle existe depuis 1871 ! Mais voici qu’un partenariat d’un nouveau type se dessine, grâce à Plateau Urbain. Plateau Urbain ? Une brochette  impressionnante de jeunes urbanistes et autres experts de l’immobilier, présidée par Simon Laisney avec cette énergie à laquelle rien ne résiste : l’énergie du jeune entrepreneur porté à la fois par une vision sociale et par une connaissance du terrain dans lequel il s’aventure à jouer. Mais qu’offre le Plateau Urbain ? Son « USP » : « Résorber la vacance, servir la création ». Et de proposer aux promoteurs immobiliers et aux propriétaires institutionnels et privés, plutôt que de payer des sommes très importantes pour résorber les charges, le gardiennage, la sécurisation et le maintien en état d’un site inoccupé, d’accueillir des locataires qui paient les charges et les taxes. Abolis les coûts de gardiennage pour les uns, abolis ceux du loyer pour les autres : une vraie situation WIN-WIN – le type de situation qui garantit le succès.

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Pour les utopistes concrets du Plateau Urbain, ce type de mise en œuvre offre plus que des avantages financiers (ils sont d’ailleurs pour l’essentiel bénévoles) : il s’agit aussi et surtout de contractualiser une nouvelle mixité. Aurore est toujours sur place, s’occupant du logement de quelques 600 personnes en situation précaire, y compris de mineurs migrants isolés ; Plateau Urbain génère des candidatures d’artistes, d’artisans, de petites entreprises en développement, de structures à vocation culturelle. Mais pour les artistes, les artisans, les entrepreneurs en herbe, il ne s’agit pas seulement de profiter de locaux particulièrement avantageux : ils doivent aussi participer à la vie locale – et qui va donner des cours de français, qui réaliser chaque mois un court métrage sur le site et qui peut-être bientôt, organiser des expositions… Tout cela est géré par quatre amis qui travaillent à temps plein pour Plateau Urbain et une dizaine d’autres bénévoles engagés dans des tâches spécifiques. La vraie mixité – une mixité de proximité, d’échange, de joie – reste certes une utopie – mais à force de vouloir l’utopie elle finit, parfois, par exister dans le « vrai monde ».

Plateau Urbain, c’est aussi une manifestation parmi tant d’autres de ce que la France a de meilleur : une culture sociale forte, intelligente, philosophique et politique – mais agissant hors du champ de la politique. Parce que celui-ci, en revanche, est peut-être devenu ce que la France a de pire.

Prenez rendez-vous et allez voir ce qui se fait là, cela en vaut la peine.

Texte : Barbara Polla

Photographies : Nicolas Etchenagucia
Pour accéder au pdf, cliquer ici.

LA GRANDE PASSERELLE, ArchiSTORM #72

Capture d’écran 2015-04-14 à 13.08.04Pour lire l’article, cliquez ici.

Archi Modaine

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Pour lire la première partie de l’article paru dans archiSTORM #68, cliquez ici. Pour lire la suite de l’article, cliquez ici.

Dans Archistorm, n. 66, mars-avril 2014

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Louvre-Lens, mardi dernier, sur l’habitat social

Conférence Louvre-Lens Habitat Social 11 juin 2013

Habitat social : peut mieux faire
Paul Ardenne

Mon intervention ne sera pas celle d’un spécialiste mais celle, plutôt, d’un observateur averti – dans ce cas, de l’architecture et de l’urbanisme contemporains, et notoirement quand cette architecture, quand cet urbanisme s’appliquent à l’habitat dit « social ».

La première donnée que j’aimerais souligner, ce sont, pour la période récente, les progrès réalisés en matière d’habitat social. D’abord, l’avis des habitants, dans le cadre d’enquêtes menées en amont ou sur site, est de plus en plus fréquemment pris en compte, et nul ne se plaindra de cette pulsion démocratique. La prise en compte de ces desiderata permet en effet une appropriation plus rapide du lieu où vivre par quelqu’un qui n’en est pas en principe le propriétaire, et qui ne peut donc aménager ce lieu à sa guise. De même, un grand nombre d’expertises de haute volée sur le logement social ont permis de clarifier les attentes des « usagers », l’« usager » étant devenu en peu d’années l’interlocuteur privilégié (au moins dans l’intention) des concepteurs. Ceci, en notant bien que les besoins de cet usager, comme nous l’enseignent des études sur le logement social faites entre 1970 et 2000, sont relativement invariantes. Ce qui est souhaité avec constance, c’est surtout la qualité de fabrication, la disponibilité d’aires privées (terrasses, caves, jardinets), la sécurisation, étant entendu que l’aspect esthétique demeure second en termes de préoccupations de l’usager, par rapport aux aspects pratiques.
D’autre part, et dans le même esprit, pour avoir travaillé assez souvent avec des architectes, je peux dire que nombre de ceux-ci, s’ils en ont l’occasion, s’attellent avec énergie, inventivité et souci du bien-être à promouvoir un logement social de qualité. Le logement social n’est pas, n’est plus méprisé comme il a pu l’être, il offre au contraire aux architectes et aux architectes-urbanistes une réelle opportunité de travailler bien avec peu de moyens, ce qui est de nature à susciter l’innovation. Pour certains architectes, comme le montre un concours européen tel qu’Europan, le logement social est même un lieu d’expériences privilégiées, un véritable laboratoire de l’architecture du futur.

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suite du texte en pdf , ici